Le fonctionnement et les activités du groupe
L’administration du groupe
L’organisation interne
Chaque année, à la fin du mois de décembre, se tient la dernière réunion du groupe. C’est à cette occasion qu’une nouvelle dirigeante est choisie à la majorité, en même temps qu’une vice-présidente.
Les femmes assument à tour de rôle ces charges pendant un an.
Sur ce principe de roulement annuel, les responsables des différents comités du groupe sont désignées : l’achat de matières premières ou de produits annexes (biscuits, savons, ballons), la vente de tissage ou de produits finis, la tenue des comptes, le cahier d’absences, le ménage de l’atelier et des toilettes, la tenue du cahier du groupe des femmes, le Libro de Actas, les activités sportives (football), les fêtes, etc. Chaque femme se voit attribuée une part de responsabilité dans le fonctionnement et l’organisation générale du groupe.
Les femmes ont elles-mêmes établi leurs statuts et leur règlement. Elles se retrouvent toutes lors d’une réunion extraordinaire en début d’année, pour rediscuter les statuts. Elles y apportent les modifications nécessaires, accueillent les nouveaux membres, et font les bilans financiers et moraux de l’année écoulée.
Les femmes s’occupent de l’approvisionnement de leur atelier en matières premières (principalement la laine et le matériel de couture) en provenance de Sucre, de la gestion financière du groupe, des comptes et des registres. Elles tiennent trois livres de comptes depuis octobre 2002. Le premier concerne ce que chacune gagne. Les entrées et les sorties d’argent sont inscrites dans le second. Et le troisième est le livre des comptes du groupe comptabilisant ce que chacune des femmes reverse dans la « caisse » (10 % de ce qu’elles vendent). L’argent ainsi collecté est destiné aux fêtes du groupe, aux déplacements, aux formations, à l’achat de machines, etc.
Les réunions
Les femmes ont fait le choix du respect des statuts sans aucune dérogation possible. Des amendes sont distribuées en cas de retard aux réunions, si elles partent avant la fin (cinquante centimes de bolivien, soit 0,08 €), ou si elles ne viennent pas (un bolivien, soit 0,15 €), car elles estiment que cela porte préjudice à l’ensemble du groupe. Néanmoins, au cours de l’année, chacune peut invoquer cinq licencias, permissions ou autorisations d’absence. Cependant, celles ne venant pas et ayant une raison reconnue et tolérée (veuve ayant des travaux dans les champs, enfants, maladie), peuvent envoyer leur fille les représenter.
Les femmes partant à Santa Cruz doivent régler vingt boliviens (3,10 €) mensuellement, et leur absence ne doit pas excéder quatre mois. La participation au groupe et l’émigration ne sont pas compatibles aux yeux des femmes : la présence et la participation sont considérées comme un enseignement (formation et alphabétisation) et comme un moyen d’obtenir des revenus pour faire vivre sa famille. Pour elles, partir « gagner sa vie à Santa Cruz » pénalise l’organisation du groupe et rompt l’équilibre avec celles qui restent.
Les cinq premières années, les réunions hebdomadaires duraient toute de la journée et se déroulaient souvent dans la confusion : la présence des enfants et la visite d’autres personnes, sans compter les intrusions des animaux… Les femmes ont donc décidé de tenir leurs réunions relatives à l’organisation et à l’administration du groupe tous les samedis matin. Le reste de la semaine, elles vont à leur guise dans l’atelier tisser et coudre en fonction de leurs possibilités.
Du tissage à l’objet artisanal
Après quelques années de fonctionnement, un comité de vente est créé. Il se compose de deux ou trois femmes élues par le groupe. Sa tâche principale est de sélectionner les meilleurs tissages qui serviront à la confection d’objets artisanaux :évaluation de leur qualité, de leur finesse et de leur régularité, mais aussi de l’orientation des tailles et des couleurs. Le tissu est acheté selon un barème établi selon les dimensions, le poids de la laine et le temps passé à la confection. Le tissu est ensuite transformé en objet artisanal.
Ce comité doit également gérer le fond de roulement de la production de tissages.
Depuis 2003, chaque femme tisse avec un objectif : toute pièce de tissu est destinée à un objet artisanal. De cette façon, le travail et le tissage sont rentabilisés au maximum.
Néanmoins, la quantité de production de tissage pose problème. D’une part, le groupe compte plus de femmes tissant, que sachant coudre : seules quatre femmes maîtrisent suffisamment bien la couture, par rapport au reste du groupe (une quinzaine) se dédiant au tissage. D’autre part, les femmes ont longtemps considéré que le produit fini seul devait être rétribué parce qu’elles ne tenaient pas compte des contraintes, du temps et de la difficulté du travail de couture. Dans ces conditions, il était plus rémunérateur de tisser : tâche plus rapide et plus facile.
Aujourd’hui, la distinction de paiement entre le tissage et la couture est comprise et acquise. Les jeunes filles ou jeunes femmes ont été amenées à se former, afin de rééquilibrer le travail de tissage et de couture.
Les formations
Tissages, techniques...
Grâce aux formations et aux différentes aides extérieur, les femmes ont pu diversifier leurs créations artisanales. A la demande du groupe, deux professeurs venant de Potosí interviennent régulièrement dans l’atelier. Ils donnent des cours de couture et d’artisanat, environ tous les six mois, durant trois à cinq jours.
Au début de l’année 2002, suite à une formation dispensée à l’ensemble du groupe dans l’atelier, les femmes approfondissent leurs connaissances sur l’utilisation de leurs machines à coudre électrique. Un professeur enseigne les techniques de couture, l’utilisation et l’entretien des machines. Il explique également la technique de la doublure, de la fabrication de sacs à dos ou de trousses et l’art de la finition.
Quelques mois plus tard, partant de leurs tissages traditionnels, les femmes commencent à réaliser des sacs, des pochettes, des trousses, des porte-monnaie, des portefeuilles, des petits sacs à main, des sacs à dos, etc.
Les femmes utilisaient autrefois les teintures naturelles, mais ce savoir s’est partiellement perdu. Depuis une vingtaine d’années, elles achètent des colorants chimiques. Un petit sac de teinture chimique coûte trois boliviens qui, selon les femmes, permet de teindre beaucoup de laine de mouton.
Cependant, financièrement, elles estiment qu’ils seraient plus avantageux d’utiliser des plantes, ce qu’elles souhaitent (ré)apprendre
Alphabétisation
Après quatre années d’accompagnement du groupe (en 2001), la coordinatrice française devait se retirer à une échéance relativement courte, les habitantes d’El Terrado demandèrent à apprendre à lire, écrire et compter. Leur objectif était de pouvoir poursuivre leurs activités et de gérer elles-mêmes les comptes du groupe.
Ainsi, une matinée par semaine, l’ensemble des femmes s’est consacré à cet apprentissage.
Les degrés d’éducation sont très différents. Les terradeñas plus âgées ou n’ayant pas été scolarisées, ne savent pas tenir un stylo. L’objectif pour ces dernières, était de savoir écrire leur prénom. Les jeunes filles et jeunes femmes ont un niveau plus avancé, leur permettant, avec difficultés, de lire, compter et écrire. Quelques-unes suivent les cours du soir pour les adultes, afin de se maintenir ou se remettre à niveau. Si les difficultés sont toujours présentes, le but était de les amener à tenir les cahiers de comptabilité et les « livres d’actes » seules.
Aujourd’hui, l’espagnol est maîtrisé, de même que la lecture, l’écriture et le calcul, le groupe des femmes apprend à s’autogérer.
La pérennité du groupe passe par la consolidation des acquis, la formation dans l’organisation et l’indépendance de l’atelier, et l’apprentissage à la gestion des stocks et du fond de roulement. L’autonomie financière, de l’achat de la matière première à la vente des produits confectionnés, et l’organisation du groupe, ont été acquises avant le départ définitif de la coordinatrice.
Les plus âgées n’ayant pas suivi de cours et conscientes de leurs handicaps, se laissent guider par leurs cadettes. Selon le niveau de scolarisation, les femmes se voient attribuer plus ou moins souvent des responsabilités, même si le principe de rotation des charges a pour objectif de permettre aux membres du groupe, d’alléger certaines de leurs responsabilités lorsqu’elles en ont par ailleurs au sein de la communauté. Jusqu’à aujourd’hui, les postes nécessitant de savoir lire et écrire sont confiés à des femmes alphabétisées. N’étant qu’une minorité, le roulement est rapide et elles ont donc chaque année de lourdes charges à responsabilité.
Article rédigé par : Marie-Laetitia Mis à jour le mardi 20 mars 2007
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